Le suicidé, de Nicolaï Erdman, mise en scène de Stéphane Guex-Pierre

Au moment où la pièce commence, on sait que Simon est un chômeur stabilisé. Le chômage ici, c’est l’être sans travail à l’état pur, le travail n’ayant aucun contenu en soi, étant “l’occupation” à son degré de différenciation. Les mots “chômeur”, “chômage” ne sont pas prononcés dans la pièce; ces mots ne sont pas, puisqu’ils renverraient à un état qui ne peut être, dans la réalité sociale soviétique, une dizaine d’années après la révolution d’Octobre.

Le besoin primordial de Simon est la dignité. Qu’on le considère, afin qu’il puisse lui-même “se prendre pour quelqu’un”. Le suicide, c'est l’idée des autres. Mais cette “idée du suicide” lui facilite la vie. Lui donne un statut. Une légitimité. Une fonction sociale.

Dans la pièce d’Erdman, le trait, aussi gros soit-il, n’est jamais empâté; il est précis, piqué, juste. Loin de gérer une idée comique départ, l’auteur renouvelle les données sans jamais nous laisser reprendre souffle.

Albert Morard